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08.11.2006
La religion de la politique
La religion de la politique
Mokhtar Yahyaoui
Le hijab est en passe de devenir le symbole d’une lutte planétaire contre un autre aspect de la mondialisation. En France, en Angleterre, en Italie, aux USA et partout dans les sociétés occidentales le hijab est brandi en défit à un ordre mondialiste de pensée réclament le respect d’une diversité et le droit à l’autodétermination culturelle et la défense par un modèle vestimentaire d’une différence qui n’entend pas se dissoudre dans la référence dominant le processus de standardisation de la mondialisation. Par cet aspect, les luttes menées autour du thème du hijab et Nikab partout dans le monde sont à l’avant-garde des combats contemporains pour la liberté et contre la mondialisation dans ses aspects les plus controversés au nom de la domination d’un modèle unique de culture universelle qui relègue le reste de l’humanité en sous cultures arriérée et qui tend vers la suppression de toutes les diversités.
C’est cette idée de sous culture qui fait qu’en occident on ne trouve aucun inconvénient à admettre des modèles vestimentaires plus frappant par leur opposition à son modèle. Ainsi des consumes traditionnels asiatiques et africains ne soulèvent aucune controverse parce qu’ils ne sont admis qu’en symbole de survivance de minorités en voie de disparition alors qu’il perçoit le modèle islamique comme une menace à sa domination culturelle.
Ce phénomène n’est en réalité que la représentation concrète des véritables tensions qui divisent le monde contemporain et qui expliquent le pourquoi dans le cas du voile islamique ce symbole devient aux yeux des occidentaux le symbole d’idées subversives et de menaces qui mettent en péril sa sécurité et qui justifient l’exception de traitement qui lui est réservé au détriment des principes universels de respect des libertés individuelles et de la pensée.
« Le véritable problème aujourd’hui n’est pas dans la religion des sociétés mais dans la religion de la politique qui leur est appliquée. »
La contradiction que révèle le comportement occidental face au hijab par apport à ses principes fondamentaux de liberté de conscience et de libertés individuelles n’est pas le seul point à relever dans la défaillance de sa stratégie de domination culturelle planétaire. Dans les pays ou les femmes sont encore soumises à une vie de ghettos et privés des plus élémentaires des libertés qu’un individu doit être pourvu pour accéder au statut humain leur sort n’a jamais inquiété outre mesure les gens civilisé tant qu’il reste contenu dans les limites des frontières de leur pays. Ainsi des régimes autocratiques, qui continuent à faire contraindre leur société à des supplices moyenâgeux de domination pour perpétuer leurs statuts de dominants, sont des partenaires principaux de l’occident dans la lutte contre le terrorisme et dans sa stratégie de sécurité.
Le véritable problème aujourd’hui n’est pas dans la religion des sociétés mais dans la religion des politique qui leur sont appliquées. La police de conscience qui chasse les femmes saoudiennes et ailleurs dans les rues et qui leur interdit de sortir sans être totalement couvertes d’un drap noir est la même police de la conscience qui chasse les femmes tunisiennes dans les rues de Tunis pour leur enlever leurs foulards. La religion dans tous les cas n’est que l’alibi pour persécuter des innocents suspectés de ne pas se soumettre aux ordres des dominants. Dans les discours de la propagande de chaque ordre de domination les plus abominables exactions massives commisent contre leurs citoyens son justifiés par la défense de leur religion.
En Tunisie « les progressistes », dont une majeure partie considère encore que la religion n’est que l’opium des peuples, sont mal au point devant le double dilemme de ces provocantes pratiques de répression et la progression de l’adoption des signes de conservatisme religieux au sein de leur société. Leur dilemme est plus grand quand ils se trouvent obligés sous la pression de l’actualité d'apporter leur soutien à une frange de la société qu’ils identifient par son apparence extérieure comme leurs véritables adversaires.
Quand on se trompe de questions on se trompe nécessairement de conclusion. Face au phénomène du retour du hijab la gauche est restée prisonnière de la formulation de la question faite par la dictature depuis Bourguiba. Au lieu de se convertir en Mufti et se faire entraîner dans le rôle controversé d’interprète de la religion auquel elle n’est pas adaptée la gauche aurait du se maintenir sur la question de principe qui consiste à répondre à la question de savoir si le port du hijab s’inscrit dans l’exercice des libertés fondamentales de l’individu pour ne pas se trouver objectivement dans le même camp idéologique avec la dictature comme elle l’est maintenant. Impliquée dans la tache de fournir une religion à la politique de la répression « les progressistes » se sont trouvé du même coup partenaires d’une politique d’éradication au nom du progrès et de la modernité.
Cette alliance objective avec la dictature au nom du progressisme a été battue en brèche à l’occasion de la grève nationale de la faim pour les libertés il y a un an. Depuis la gauche est devisée, pour ceux qui se sont gardés de faire partie de cette action et de son comité de suivie, le travail commun avec les islamistes – en référence au parti Ennahdha interdit- est une alliance contre nature comme l’a stigmatisé le porte parole du pouvoir.
En réalité, ce serait de la malhonnêteté d’accuser des opposants qui ont passés leur vies à faire face à tous les dérives du pouvoir depuis 50 ans d’être des alliés de la dictature, mais l’erreur serait plus grave encore d’occulter la contradiction de leur discours et leur manque effarant de vision d’avenir. Dans le douloureux choix dont ils sont confrontés ils n’ont l’option qu’entre deux religions : celui de la glèbe ou celui des seigneurs.
Certains de l’autre camp n’ont pas hésité à franchir le pas pour dénoncer dans la vague de répression menée par le pouvoir une guerre menée contre l’islam et les musulmans en Tunisie. Que la religion fait l’objet d’une lutte acharnée cela ne fait plus aucun doute. C’est au nom de l’islam que le pouvoir maintient et renforce sa dictature depuis trois décennies comme c’est aussi au nom de l’islam que s’exerce la véritable contestation qui menace son hégémonie. L’argument fort avancé par la dictature et qui consiste à investir le pouvoir de la mission de faire face à toute utilisation de la religion à des fins politiques a servi en réalité à investir la dictature de l’exclusivité du rôle de senseur de religion.
Nous avons tous pu constater au cour du mois de Ramadan l’attention particulière apporté par le pouvoir à la religion, même la répression du port du hijab été présenté au nom de la religion et les plus hauts dirigeants ont du sillonner le pays pour l’expliquer. Sans s’arrêter sur l’usage des mosquées et particulièrement la prière du vendredi pour des fins de propagande par le pouvoir par des imams qui sont de plus en plus des cadres du parti, la mobilisation du pouvoir pour expliquer la religion a atteint cette année un degrés sans précédent. A titre d’exemple 8000 manifestation religieuses ont été programmés dans le seul gouvernorat de Kairouan, dans le gouvernorat de Mahdia voisin 13 000 activité religieuse pour ramadan dont 5571 conférence et leçon de religion, 360 homélies de hadith et sur la vie du prophète, 7191 cercle coranique et 27 concours de récitation du coran1. Avec un ministre aux affaires religieuse au gouvernement et un délégué chargé de la religion dans chaque gouvernorat la religion n’est pas seulement exploitée à des fins politiques mais devient le dernier rempart de la dictature pour assurer sa survie.
« C’est au nom de l’islam que le pouvoir maintient et renforce sa dictature depuis trois décennies comme c’est aussi au nom de l’islam que s’exerce la véritable contestation qui menace son hégémonie. »
Mêlé au pouvoir la religion ne peut conduire au nom de l’extrémisme ou de la modération qu’à déguiser l’arbitraire dans les habits du sacré. Avant sa chute Saddam Hussein s’est converti en un guide religieux et a inscrit « Allah est grand » sur son drapeau chez nous aussi le problème ne concerne plus la religion des tunisiens mais la religion de la politique qui permet à la dictature de continuer à assurer sa domination. Par la politique de l’éradication de l’extrémisme, la campagne contre le hijab et la lutte contre le terrorisme le pouvoir mène des guerres aux moulins à vent que rien ne justifie concrètement sur le plan intérieur. Sa dernière campagne de ramadan contre les femmes voilé à au moins permis de dévoiler la nature de son agenda : la répression des tunisiennes et des Tunisiens n’est qu’un présent pour prouver son efficacité pour le rôle pour lequel il est maintenu et financé.
1- voir les détails sur le journal Echourouk du vendredi 22 septembre 2006 page 10
17:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Voile islamique, Mondialisation, religion, politique, Yahyaoui Mokhtar


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