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17.10.2006
Sihem Bensedrine, opposante farouche
La journaliste tunisienne Sihem Bensedrine*, 56 ans, a eu beau avoir été opprimée, arrêtée et torturée dans son pays d’origine, personne n’a jamais pu réduire au silence ce petit bout de femme engagée.
Un combat contre l’oppression
Hier soir, elle est rentrée de Casablanca. Demain matin, elle prend un vol pour Lagos pour participer à une conférence du Réseau des organisations africaines de défense de la liberté d’Expression (NAFEO). Ce matin, elle s’est rendue précipitamment à Berlin afin d’obtenir son visa d’entrée au Nigeria.
« Ce n’est pas dans ma nature de me soumettre », lâche t-elle en commentant son parcours. En 1987, coup d’état de Ben Ali qui s’empare du pouvoir en Tunisie puis abolit la liberté de la presse ; au même moment, il commence à combattre les fondamentalistes islamistes du pays.
« Beaucoup de gens ont été torturés à mort, » raconte Bensedrine qui n’a jamais cessé de rassembler des documents sur ces actes de barbarie et de recueillir des témoignages des familles des victimes. Son engagement en faveur de la justice sociale est solide : avant la prise de pouvoir de Ben Ali, elle faisait partie du comité directeur de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Quand, au début des années 80, une presse indépendante s’est développée pour la première fois dans le pays, Bensédrine choiti de devenir journaliste. « C’était un défi passionnant de briser le monopole de la presse officielle », dit-elle.
Surveillée, arrêtée, torturée
En 2002, la Fondation hambourgeoise pour les victimes de tortures politiques invite Sihem Bensedrine à passer un an sur les bords de l’Elbe. Comme la situation de la journaliste ne s’améliore pas en Tunisie, elle reçoit de donateurs privés de l’argent afin de rester à Hambourg. Depuis cette année, elle est invitée du PEN, l’association mondiale d’écrivains, en Allemagne.
Sihem Bensedrine affirme aimer l’Allemagne. Tant que le pouvoir restera aux mains de Ben Ali, elle aimerait rester ici. La Tunisienne semble apprécier les Allemands et leur style de vie. En riant, elle déclare : « J’aime que les gens ne traversent pas au rouge. Ici, tout le monde respecte les règles. Dans mon pays, il n’existe aucune loi qui vaille pour tous et sur laquelle tous peuvent s’appuyer. »
Bensedrine admet ignorer tout de la façon dont elle et sa famille vont se débrouiller l’an prochain. « Ma fille aimerait savoir si elle peut finir ses études ici mais je suis incapable de prévoir notre avenir ». Pendant un instant, elle, la battante, a l’air exténuée. « J’aimerais retourner en Tunisie et y vivre une vie normale. »
Europe, l’hypocrite
« La plus grande partie de la population africaine », déplore Sihem Bensedrine, « n’a aucun accès aux ressources et aux richesses de leur pays. Si nous émigrons, c’est parce que nous n’avons aucun avenir chez nous. Et l’Europe est en partie responsable de cette situation. »
* Sihem Bensedrine se bat pour les droits de l'homme (Fondation hambourgeoise pour les victimes de torture politique)
Alexandra Thimm - Hanovre - 16.10.2006 | Traduction : Emilie Fline
http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=8411
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